Un patient hypertendu vous montre plusieurs mesures de pression au-dessus de sa cible. Son médecin a pris sa retraite et il vous demande quoi faire. Dans la même journée, une patiente consulte pour des symptômes urinaires qu’elle n’a jamais eus auparavant.
Votre équipe saura-t-elle accueillir ces demandes, réunir les bonnes informations et organiser la suite? À compter du 9 décembre 2026, les activités élargies liées au PL67 ouvrent de nouvelles possibilités. Voici cinq recommandations pour préparer votre pharmacie, illustrées par trois cas concrets.
Les situations sont fictives et servent à la préparation de l’équipe. Elles illustrent des décisions à travailler, sans constituer des protocoles de traitement. Sources vérifiées le 12 octobre 2026.
PL67 : les principaux changements en un coup d’œil
| Activité | Déjà permis | Ce qui change le 9 décembre 2026 | Conditions essentielles et limites |
|---|---|---|---|
| Prescription pour un problème de santé courant | Prescription pour certaines conditions mineures déjà traitées et pour d’autres situations expressément prévues. | Prescription autonome pour un problème de santé courant, sans diagnostic préalable. | Cinq critères cumulatifs : problème fréquent dans la patientèle ou la population concernée; manifestations typiques, identifiables et évaluables; évolution favorable avec un traitement limité dans le temps et un suivi; faible risque de détérioration à court terme; faible risque de préjudice selon la personne, le traitement et le contexte. |
| Prescription pour une maladie chronique diagnostiquée | Ajustements de traitement et prescriptions dans certains cadres de collaboration. | Prescription autonome pour une maladie chronique déjà diagnostiquée. | Diagnostic établi par un professionnel habilité à diagnostiquer et à prescrire; faible risque de détérioration à court terme. Cette autorisation ne confère pas un pouvoir général de diagnostic. |
| Prescription préventive | Prescription dans des situations déterminées : vaccination, contraception et certaines prophylaxies, notamment. | Cadre élargi permettant de prescrire pour prévenir l’apparition de maladies, de conditions de santé, de signes ou de symptômes. | Évaluation de la situation, prescription fondée sur les données probantes et respect des compétences du pharmacien. Cette possibilité ne crée pas un pouvoir général de diagnostic. |
| Substitution thérapeutique | Substitution pour rupture d’approvisionnement, problème d’administration, risque pour la sécurité, retrait du marché ou indisponibilité en établissement. La substitution générique existe aussi. | Ajout, notamment, du motif de non-couverture par l’assurance du patient. | Le médicament prescrit doit être exclu de la couverture; un refus administratif ne suffit pas. Le remplacement doit figurer à la Liste des médicaments. Le pharmacien avise le patient et inscrit la substitution au dossier. L’inscription à la Liste ne garantit pas le remboursement. |
| Administration d’un médicament | Administration pour démonstration, vaccination ou urgence, selon les voies autorisées. | Administration à des fins de traitement lorsqu’une ordonnance existe; ajout des voies transdermique, ophtalmique, otique et rectale. | Attestation spécifique de l’OPQ et attestation de réanimation valide. La voie intraveineuse ne figure pas parmi les voies autorisées. |
| Prélèvements | Introduction d’un instrument dans le pharynx. | Ajout de l’introduction d’un instrument au-delà du vestibule nasal. | Cette extension ne constitue pas une autorisation générale de prise de sang ou d’autres prélèvements invasifs. |
1. Choisir les activités à intégrer progressivement
Commencez par les demandes de votre patientèle et les compétences de votre équipe. Le règlement final élargit notamment les possibilités de prescription et de substitution. L’OPQ propose une intégration progressive, selon les compétences du pharmacien et la capacité du milieu.
Votre décision d’équipe : choisissez les services que vous souhaitez préparer en premier. Pour chacun, repérez les compétences à consolider et les ressources manquantes. Une activité autorisée demande aussi un milieu capable de l’offrir.
2. Préparer l’évaluation et les références cliniques
Avec Atlas, avant de préparer ce service : utilisez un cas fictif pour rechercher les références québécoises et les points d’évaluation à discuter. Ouvrez les sources proposées et retenez celles qui soutiennent votre procédure. Notre présentation d’Atlas décrit ce parcours de recherche.
Cas 1 — Une première infection urinaire
Situation. Une patiente adulte décrit des brûlures à la miction et des envies fréquentes depuis la veille. Elle n’a jamais reçu de traitement pour une infection urinaire.
Nouveauté PL67. Un premier épisode pourra être évalué dans le cadre des problèmes de santé courants, si les cinq critères du tableau sont réunis. Le parcours actuel des conditions mineures repose sur un traitement antérieur. Une demande d’antibiotique ne rend pas automatiquement la situation admissible.
Éléments à vérifier. Le pharmacien précise les symptômes, leur évolution, la possibilité d’une grossesse, les comorbidités, les médicaments et les allergies. Une fièvre, une douleur au flanc ou une présentation inhabituelle change l’orientation. Le guide clinique de l’INESSS aide à préparer l’évaluation et les critères de référence.
Préparation nécessaire. Rendez les références, les critères d’orientation et les modalités de suivi accessibles aux pharmaciens. Prévoyez comment accueillir la demande, transmettre les renseignements et expliquer la suite à la patiente. Précisez quand réévaluer la patiente et comment elle vous rejoint. L’équipe d’accueil transmet la demande sans promettre une prescription. Le parcours doit aussi permettre une orientation vers une autre ressource lorsque la situation dépasse le cadre prévu.
3. Organiser le suivi des patients orphelins
Cas 2 — Une hypertension diagnostiquée qui demande une réévaluation
Situation. Un patient atteint d’hypertension diagnostiquée revient avec plusieurs mesures de pression au-dessus de sa cible. Son médecin a pris sa retraite. Il prend déjà un traitement et demande si celui-ci doit évoluer.
Nouveauté PL67. La prescription autonome pour une maladie chronique diagnostiquée peut ouvrir une option supplémentaire, comme l’ajout d’un médicament lorsque la situation le justifie. Les ajustements déjà permis restent distincts de cette nouvelle autorisation. Les conditions du tableau s’appliquent.
Éléments à vérifier. Le pharmacien confirme le diagnostic au dossier, la technique de mesure, la prise réelle du traitement, les symptômes et les données de surveillance. Le risque de détérioration à court terme doit rester faible. Une pression au-dessus de la cible ne suffit pas à décider d’ajouter un médicament. Une hypertension seulement soupçonnée ne correspond pas à une maladie déjà diagnostiquée.
Préparation nécessaire. Rendez les mesures, les résultats d’analyse et le plan de suivi accessibles aux pharmaciens. Indiquez au patient comment joindre l’équipe si son état change. Gardez les coordonnées des ressources d’orientation à portée de l’équipe. Prévoyez les communications professionnelles justifiées par les circonstances, notamment lorsque les besoins dépassent la capacité du milieu.
4. Prévoir un parcours pour la substitution thérapeutique
Cas 3 — Un médicament exclu de la couverture d’assurance
Situation. Une patiente apprend que son assurance ne couvre pas le médicament prescrit. Le coût la fait hésiter à commencer son traitement. L’équipe transmet au pharmacien le motif exact du refus et le besoin clinique.
Nouveauté PL67. La non-couverture devient un motif de substitution thérapeutique. Les conditions du tableau s’appliquent, dont l’inscription du remplacement à la Liste des médicaments. Cette possibilité ne garantit pas le remboursement par l’assureur.
Éléments à vérifier. Le pharmacien distingue une exclusion de couverture d’un problème administratif et évalue si une autre thérapie convient. Le coût seul ne choisit pas le traitement. Il vérifie les modalités de couverture du remplacement avant de présenter les options à la patiente.
Préparation nécessaire. Préparez la collecte du motif de refus, l’accès à la liste applicable et l’explication des options. Le dossier doit permettre de retrouver la substitution, l’information donnée à la patiente et le suivi prévu. Intégrez les communications professionnelles lorsque les circonstances le justifient.
5. Clarifier les rôles et préparer la documentation
Pour les trois situations, précisez qui accueille la demande, qui mène l’évaluation et qui organise la suite :
- L’équipe d’accueil recueille les renseignements prévus et transmet la demande au pharmacien, sans annoncer une décision clinique.
- Le pharmacien évalue la situation, choisit l’intervention ou l’orientation, puis documente le raisonnement et le suivi.
- Le gestionnaire prépare les plages de consultation, les ressources et la répartition du travail.
Avec Nexus, avant la consultation : si votre pharmacie utilise ce module, le patient répond à des questions structurées sur ses symptômes, ses traitements et ses antécédents. Le pharmacien retrouve les renseignements recueillis, précise les éléments manquants et poursuit l’évaluation. Préparez avec l’équipe le parcours entre la demande du patient, la collecte et la consultation.
Dans le cas de substitution, « Assurance refuse, produit changé » laisse le prochain pharmacien sans explication. Votre gabarit devrait montrer le motif confirmé, les éléments cliniques évalués, l’option retenue et sa justification, l’information donnée à la patiente et le suivi prévu. Les informations manquantes restent identifiées.
Avec Écho, pendant la consultation : une fois le consentement à l’enregistrement obtenu, enregistrez l’entretien, revoyez la transcription et choisissez le gabarit de note. Après génération, le pharmacien corrige les faits au besoin et s’assure que toute l’information pertinente est bien organisée. La présentation de Pharmia décrit ce parcours documentaire.
Deux dates à inscrire dans votre plan de préparation
- 9 décembre 2026 : entrée en vigueur du règlement sur les activités professionnelles élargies.
- 31 mars 2028 : échéance de réussite de la formation générale de l’OPQ, sauf pour les membres retraités. L’OPQ précise que cette formation n’est pas un préalable à l’exercice des activités élargies.
Repère de portée. La formation générale ne remplace pas les attestations particulières exigées pour certaines activités, notamment l’administration de médicaments. L’autorisation professionnelle, la capacité du milieu et l’admissibilité au paiement restent trois questions distinctes.
Votre pharmacie est-elle prête pour la PL67?
- ☑ Les nouvelles activités à offrir en priorité sont identifiées.
- ☑ Chaque pharmacien a complété ou planifié la formation générale de l’OPQ; les attestations particulières requises sont vérifiées.
- ☑ Les protocoles, références cliniques et critères d’orientation sont à jour et accessibles.
- ☑ Les rôles des pharmaciens et des ATP sont clairs, de l’accueil au suivi.
- ☑ Des plages de consultation et de suivi sont prévues.
- ☑ Les outils de documentation organisent l’évaluation, la décision et le suivi prévu.
Préparer la PL67, c’est rendre les nouveaux services réalisables dans votre pharmacie : des références accessibles, une évaluation structurée et un suivi que l’équipe peut assurer.
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Sources officielles
- Gazette officielle du Québec — Décret 1340-2026, articles 1, 2, 8 à 12 et 19.
- OPQ — Guide d’exercice sur les activités professionnelles, sections 3.1.1, 3.1.2, 5 et 6 : conditions mineures, prescriptions sans diagnostic préalable, substitution et administration avant le 9 décembre 2026.
- OPQ — Le 9 décembre : une évolution qui s’intégrera progressivement, 5 octobre 2026.
- OPQ — L’Express du 20 août 2026, formation et échéance.
